Se souvenir d'Hervé Guibert ...

Publié le par Manue

Herve-Guibert.jpgComme chaque année, envie de passer un peu de cette nuit du 26 décembre avec lui ... comme il y a 18 ans ... la dernière nuit ...

Réédition d'un billet de décembre 2007 ...


Son souvenir m'est soudain revenu, feuilletant une revue qui mentionnait son nom ... Il n'est jamais bien loin, pourtant, ce souvenir, mais depuis quelques années il s'était ... effiloché ...

Hervé Guibert, je l'ai croisé si souvent, sans savoir qui il était ... l'oeil attiré par sa très haute et mince silhouette sombre coiffée d'un grand chapeau ; dans ce coin du quatorzième arrondissement où j'habitais alors, il venait, je l'appris plus tard, dans un centre de soins, près du carrefour Alésia-Losserand.

Des jours et des jours j'ai croisé cette silhouette, à la fin des années 80, j'avais une vingtaine d'années, lui, dix de plus exactement ... Sa démarche fatiguée mais son port fier. Un visage coupé au couteau, des yeux saillants, la rage aussi.

Et puis, un jour, on a parlé de lui à la télévision, peut-être à l'annonce de sa tentative de suicide, je ne sais plus, et j'ai su qui il était.

C'était en décembre 1991.

En prévision des vacances, j'achète à la va-vite plusieurs de ses livres ... Arrivée en Charente-Maritime pour Noël, j'entame une lecture marathon qui me tiendra en haleine, éveillée 20 heures sur 24 pendant deux jours : L'Image Fantôme, Mauve le Vierge, A l'Ami qui ne m'a pas sauvé la vie, et enfin Le Protocole Compassionnel. J'ai terminé ce livre à l'aube, un matin gris, brumeux, cela je m'en souviens très bien. Du brouillard plein le jardin, on n'y voyait pas à 3 mètres.

Quand j'ai allumé la radio, ce jour-là, un 27 décembre, j'ai appris qu'il était mort pendant la nuit.

Romantisme ? Puérilité d'adolescente un peu attardée ? ... je ne sais ... mais je n'ai pu me départir de l'idée qu'il était mort à mes côtés, avec moi, qu'il avait accompagné ma lecture folle, à la limite de l'asphyxie, en apnée émotionnelle, jusqu'à son dernier souffle.

Un mois plus tard j'ai regardé et enregistré sa vidéo "La Pudeur ou l'Impudeur", dans laquelle il filmait et mettait en art sa propre déchéance, sa propre mort. Je crois que cette oeuvre m'a tellement marquée que je ne l'ai plus jamais regardée. Mais la cassette a accompagné chacun de mes déménagements et se trouve toujours dans un carton. Parfois je la croise, je la toise, et je la repose. Plus tard.

Plus tard aussi j'ai appris qu'Hervé Guibert était originaire de Charente-Maritime, lui aussi. De La Rochelle. Qu'il y avait été comédien.

J'ai découvert deux sites passionnants : l'un dédié à Hervé Guibert, né de la passion de deux universitaires pour l'homme qu'il était; d'ailleurs l'un d'eux à présenté une thèse sur lui : pour accéder au site. L'autre est le blog de Dominique Autié,  sur lequel il a publié, en 2005 à l'occasion de la sortie d'un livre accompagné d'un CD audio d'entretiens avec Hervé Guibert, un merveilleux petit article sur son oeuvre, ici. Un court extrait : "Bien avant l'ultime confrontation avec l'agonie annoncée, dans chacun de ces textes, l'amour joue sa partition avec la mort. L'œuvre d'Hervé Guibert, en cela, est une vanité détournée qui, contrairement à la loi du genre, exhausserait la nécessité du plaisir dans la proximité de la mort."

Si vous ne connaissez pas Hervé Guibert, allez à sa rencontre,

si vous le connaissiez, ne l'oubliez pas, pensez à lui, parlez de lui, il continuera ainsi à exister encore un peu.


Et puis, aussi ce livre, sorti en mai dernier :
 

Un petit bijou, cette initiative de Vincent Josse, chroniqueur de France Inter, de "MA" tranche matinale ("Esprit critique" de 9h10 à 9h35).

Un livre-disque, co-édité par Naïve et Radio-France, sur Hervé Guibert, pas uniquement l'écrivain que l'on connaît, mais aussi le photographe que l'on peut ignorer.

Pourtant, Hervé Guibert, happé par l'image autant que par l'écrit, a commencé dans la photographie par un drôle de boulot, qui alliait magnifiquement ses deux passions, comme un énième, déjà, à 21 ans, pied de nez à la vie : il chroniquait des photos au quotidien Le Monde ... qui n'en publiait pas ... ! C'étaient donc ses mots qui devaient convaincre le lecteur de s'intéresser aux images qu'il ne montrait pas ...

D'Hervé, en matière d'images, on se rappelle si on est un fervent, son roman-photo "Suzanne et Louise" , sur ses tantes charentaises; 
on connaît surtout son dernier film vidéo-testament "La Pudeur ou l'Impudeur", mais on a peu de connaissance de ses talents de photographe, associés à sa rage de raconter et de convaincre par les mots.

Ces mots, qu'il a écrits, nous arrivent par les voix de Juliette Gréco, Jean-Louis Trintignant, Anouk Grinberg et Cyrille Thouvenin. De vraies "voix" donc ...

C'est Dominique A. qui a composé la musique qui accompagne les lectures. 

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