A lire ou à relire : Fredric Brown ...

Publié le par Manue

Réédition d'un ancien article, pour les nouveaux arrivants, et tout particulièrement Gwénaëlle !

A découvrir de toute urgence si vous ne connaissez pas encore, Fredric Brown (1906-1972), écrivain américain de romans policiers et de romans de science-fiction, mais de la SF drôle, subtile, très intelligente ... des nouvelles aussi, qui comportent souvent des chutes très inattendues.

Parmi les merveilles :

- Martiens go home : des martiens envahissent la terre, et ne cessent de pourrir la vie des terriens par leurs facéties et leur caractère insupportable : vulgaires, moqueurs, sans-gêne, insultants ... la cohabitation est impossible, comment s'en débarrasser ... ? Des dialogues et des situations grotesques et savoureux !

- L'univers en folie : un homme est soudain transporté par erreur dans un univers parallèle, dans lequel le grotesque et l'incohérent sont au rendez-vous; c'ets un mix de roman policier et de SF, avec une fin éblouissante !

- Lune de miel en enfer : pendant la guerre froide, sauver la race humaine en se rendant sur la lune ... mais là-bas ...

- La nuit du Jabberwock : ou "Au-delà du miroir les gens vivent parfois à l'envers", la rencontre de Fredric Brown et de Lewis Carroll, superbe

-Fantômes et Farfafouilles : un recueil de nouvelles, très percutantes, à la chute souvent mordante.

Un avant-goût :
 

"L'immortalité

La troisième grande découverte faite et perdue au cours du 20è siècle fut le secret de l'immortalité. Elle fut faite par un obscur chimiste de Moscou, qui s'appelait Ivan Ivanovitch Smetakovsky, en 1978. Smetakovsky n'a laissé aucune trace des travaux qui l'avaient mené à sa découverte, ni aucune indication des raisons qui l'avaient incité à penser qu'elle serait efficace avant de l'avoir expérimentée. Il avait à cela une raison simple : sa découverte le terrorisait, et cela pour deux raisons.

Il craignait de la livrer aux humains, car il savait qu'une fois aux mains même de sons seul gouvernement, le secret finirait un jour par filtrer à travers le Rideau de Fer et provoquer le chaos. L'URSS était capable de domuiner n'importe quoi, mais dans les pays plus barbares et moins disciplinés, la conséquence inéluctable d'une drogue d'immoirtalité serait un accroissement de poulations menant à coup sûr à la une agression conre les pays éclairés du Communisme.

Et il craignait d'absorber lui-même sa drogue, car il n'était pas sûr de désirer vraiment l'immortalité. Les choses étant ce qu'elle étaient, même en URSS -sans mêê songer à ce qu'elle étaient ailleurs- cela valait-il la peine de vivre éternellement, ou même indéfiniment ?

Il adopta une solution de compromis, en ne livrant son secret à personne et en n'en usant pas pour lui-même, en attendant d'avoir raisonnablement mûri sa décision.

Et, en attendant, il gardait contamment sur lui l'unique dose qu'il eût préparée. Une dose représentait une quantité infime, enfermée dans une minusvuile capsule insoluble et qu'il pouvait garder en bouche. Il la fixa sur la face externe de son dentier; fermement maintenue entre le dentier et la joue, la cpasule ne risquait pas d'être avalée par inadvertance.

Mais à tout moment il lui suffirait de se fourrer un doigt dans la bouche, de détacher et d'écraser la capsule, pour devenir immortel.

C'est une décision qu'il finit par prendre, le jour où, ayant contracté une pneumonie lobaire, il fut transporté dans un hôpital de Moscou, dans lequel il surprit une conversation entre un médecin et une infirmoère qui, à tort, le croyaient endormi et parlaient de sa mort certaine dans les x heures à venir.

La crainte de la moirt fut plus forte que la crainte de l'immortalité, quoi que pût entraîner l'immortalité. A peine le médecin et l'infirmière sortis de la pièce, il écrasa sa capsule et en absorba le contenu.

Il avait espéré que, la mort étant à ce point imminente, sa drogue agirait à temps pour lui sauver la vie. La drogue eut le temps d'agir. Mais entre temps il avait glissé dans le semi-coma et le délire.

Trois ans plus tard, en 1981, il était toujours semi-comateux et délirant, et les médecins russes avaient enfin fini par donner un diagnostic sur son cas, qui cessa dès lors de les intéresser.

Il ne faisait plus de doute pour eux que Smetakovsky avait absorbé qyelque drogue d'immortalité, une drogue qu'il leur était impossible d'isoler ou d'analyser. Et cette drogue l'empêchait de mourir, tout comme selon toute vraisemblance elle l'empêcherait de mourir indéfiniment, voire éternellement.

Malheureusement cette drogue abait rendu tout aussi immortels les pneumocoques se trouvant dans son organisme, ces bactéries (diplocci mneumoniae) qui avaient provoqué sa pneumonie et entretiendraient celle-ci à tout jamais. Dans ces conditions les médecins, réalistes qui ne voyaient aucune raison de se charger du fardeau d'une hospitalisation à perpétuité, se contentèrent d'enterrer Smetakovsky." 
 

Publié dans Lectures

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S
<br /> J'adore et parviens à conquérir quelques élèves avec ses textes...<br /> <br /> <br />
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D
<br /> J'en suis fan. Notamment Martians go home et les nouvelles sur les formidables inventions qui ont été perdues (l'invisibilité, l'immortalité...)<br /> <br /> <br />
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